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Interview de Dominick Luquer: « La solidarité internationale n’est pas un luxe, c’est une nécessité »

Conditions de travail Droits du travail et négociation collective Comité exécutif FIA in the Media Actualités

Interview de Fátima L. Ortiz publiée dans «Revista Actores y Actrices» en mars 2026

Pour ceux qui ne connaissent pas la FIA, comment expliqueriez-vous simplement ce qu’elle est et à quoi elle sert ?

La FIA est la voix syndicale mondiale des interprètes du cinéma, de la télévision, du théâtre et des médias enregistrés. Nous sommes une fédération sectorielle qui rassemble des syndicats et des guildes à travers le monde. Nous travaillons pour protéger les droits professionnels, économiques et moraux des interprètes : lutter pour une rémunération juste, des conditions de travail dignes, la négociation collective, et faire face à des défis comme la numérisation et l’intelligence artificielle. Nous défendons également la diversité culturelle et la liberté d’expression, et nous exerçons la solidarité internationale lorsque nos affiliés en ont besoin. La FIA n’affilie pas d’artistes individuels : nos membres sont des syndicats et des guildes nationaux. Cela garantit que les voix des interprètes soient entendues et prises au sérieux à l’échelle mondiale.

D’après votre expérience, qu’est-ce qu’un syndicat national peut gagner en rejoignant un réseau international comme la FIA ?

L’affiliation est une décision volontaire, basée sur un objectif commun : l’engagement à renforcer — et à nourrir activement — la voix collective du travail des interprètes, au-delà des frontières nationales. C’est pourquoi l’implication active des affiliés maintient notre travail pertinent, connecté et ancré dans la réalité quotidienne à laquelle sont confrontés les interprètes.

Nous défendons nos membres dans des forums comme l’OMPI, l’OIT et l’UNESCO, et nous réunissons régulièrement les affiliés pour échanger des informations, des expériences et des outils pratiques. Nous soutenons également les régions où les interprètes luttent pour s’organiser collectivement. En résumé : une force partagée, un soutien mutuel et une responsabilité collective. Un syndicat connecté à l’international est mieux préparé pour obtenir des avancées et soutenir ses membres à l’étranger.

Dans un contexte mondialisé, pourquoi est-il important que les interprètes aient une représentation au-delà de leurs frontières ?

Parce que le travail et les décisions qui le façonnent ne s’arrêtent pas aux frontières. Les interprètes sont des travailleurs mobiles dans un marché intégré, et de nombreuses normes sont décidées au niveau européen ou mondial.

La FIA agit au sein d’organismes internationaux comme l’OMPI, où elle a réussi à faire en sorte que le Traité de Pékin fixe une norme minimale mondiale pour les droits économiques et moraux des interprètes audiovisuels. Cela protège les interprètes au-delà de l’Europe et est crucial face aux entreprises multinationales qui cherchent à exploiter les systèmes juridiques entre les pays. La solidarité internationale n’est pas un luxe : c’est une nécessité.

Quelles sont les priorités actuelles de la FIA pour favoriser la collaboration entre les syndicats de différents pays ?

La collaboration ne naît pas toute seule : il faut la stimuler, en prendre soin et parfois la pousser. Nous réunissons les affiliés lors de réunions, de groupes de travail et de congrès, en abordant des thèmes comme la diversité, l’égalité raciale, le handicap, l’intelligence artificielle et la formation des jeunes interprètes.

Un exemple clair : l’IA et le doublage. Actuellement, nous facilitons activement des conversations transfrontalières pour nous assurer que les préoccupations des interprètes de doublage en dehors des États-Unis soient clairement entendues et prises en compte par notre affilié américain lors de la prochaine série de négociations sur la localisation impulsée par l’IA. Voici la coopération internationale dans sa forme la plus concrète : parfois désordonnée, souvent technique, mais toujours absolument nécessaire. Ce n’a pas toujours été un long fleuve tranquille, mais il y a déjà assez de combats qui nous attendent à l’extérieur ; pas besoin d’en inventer à l’intérieur.

La priorité est de créer la confiance et des espaces pour agir ensemble : lorsque les interprètes sont confrontés à des défis mondiaux, la force collective n’est pas une option parmi d’autres, c’est la seule qui fonctionne.

Quelles avancées récentes la FIA a-t-elle réalisées en matière de droits du travail pour les acteurs dans différentes régions du monde ?

Les interprètes ne sont souvent pas pris au sérieux précisément parce qu’ils sont artistes. Beaucoup s’identifient avec fierté de cette manière — et à juste titre — mais les décideurs publics ont la mauvaise habitude d’entendre « artiste » et de le traduire mentalement par « amateur ». Et lorsque des protections sociales ou des droits du travail de base sont demandés, ils sont ignorés, comme si les interprètes n’avaient pas de loyers à payer, de familles à nourrir ou le petit inconvénient de vieillir.

Une partie importante du travail de la FIA consiste à souligner cela et à changer le récit. Non seulement dans les institutions où nous faisons du plaidoyer, mais aussi au sein de nos propres rangs. Nous avons obtenu des législations sur le statut de l’artiste en Colombie, en Argentine et au Maroc, et en Europe, les interprètes indépendants sont autorisés à négocier des tarifs minimaux sans être traités comme un cartel. En Afrique du Sud, nous avons soutenu l’extension des prestations minimales sans lien de travail reconnu. Le progrès est lent et rarement glamour, mais région par région, le message commence enfin à passer : jouer est un travail, les interprètes sont des travailleurs, et les droits du travail ne disparaissent pas magiquement simplement parce que le métier implique un script, un projecteur ou une caméra.

Téléchargez et lisez la version intégrale de l’interview en Anglais ici

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