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10.06.2021

Le 22ème Congrès de la FIA – virtuel mais pas moins réel !

Exceptionnellement, et pour la première fois dans son histoire, le 22ème Congrès de la FIA s’est tenu en mode exclusivement virtuel, du 4 au 7 mai 2021, dans un contexte mondial encore fortement perturbé par la pandémie et les restrictions prises par les gouvernements pour endiguer la progression du virus de la COVID. Ces mesures, dont l’impact socio-économique est extrêmement préoccupant, ont fortement impacté le secteur de la production culturelle et, en plus grande mesure, le spectacle vivant. Avec un taux de participation record, en dépit des contraintes dues à la répartition de près de 160 délégués sur 20 fuseaux horaires différents, ce Congrès aura donc permis, à la fois, de renouveler le mandat politique de la FIA ainsi que la composition de son Comité exécutif.

Après avoir adroitement dirigé notre fédération pendant 9 ans consécutifs, Ferne Downey a quitté ses fonctions, accompagnée par une standing ovation. Pendant ses deux mandats consécutifs, Ferne a grandement contribué à consolider notre fédération, tant du point de vue financier que politique : elle a notamment impulsé le processus de ratification du Traité de Beijing de l’OMPI, finalement entré en vigueur en temps record le 20 avril 2020, et, en tant que militante résolue des droits humains, elle a œuvré sans relâche pour faire de l’inclusion, de la diversité et de l’égalité une priorité d’action pour la FIA et pour enraciner plus fortement qu’auparavant ces valeurs au sein de notre fédération. Porte-parole infatigable des artistes-interprètes, elle a su exprimer leurs préoccupations et leurs aspirations avec brio au niveau international face aux gouvernements du monde entier, rappelant à maintes reprises le rôle de la culture pour nos sociétés et l’importance de reconnaitre aux artistes, qui en sont le moteur déterminant, un statut juridique juste et valorisant. En quittant la FIA, Ferne a également clôturé un procès de réforme ambitieux, visant à démocratiser un système de vote vieux de 20 ans et à rendre ainsi la voix de la FIA mieux représentative. En prenant congé de tous les délégués, Ferne a rendu un hommage poignant à la FIA et à tous les leaders syndicaux qui ont contribué et qui continuent, de par leur détermination, à faire de notre fédération une force à côté des artistes-interprètes depuis bientôt 70 ans.

En congédiant Ferne avec reconnaissance, le 22ème Congrès de la FIA a élu Gabrielle Carteris, Présidente de SAG-AFTRA, pour prendre sa relève et diriger la fédération lors les quatre années à suivre. Quatrième femme élue à ce poste, dont trois sans interruptions et consécutivement depuis 2008, Gabrielle est le tout premier leader syndical États-Unien à prendre cette fonction en toute l’histoire de la FIA. Honorée de la confiance qui lui a été remise par les délégués de 70 organisations syndicales de 51 pays du monde, Gabrielle a annoncé avec entrain sa détermination à rassembler et à œuvrer pour promouvoir la solidarité et les droits des travailleurs à travers les frontières. Faisant référence au secteur du spectacle vivant, particulièrement touché par la pandémie, mais également à la production audiovisuelle et numérique, elle a souligné l’importance de reconstruire une industrie florissante et de voir en cette sortie de crise une opportunité pour bâtir des nouvelles alliances permettant de mieux faire face aux répercussions de la pandémie, ainsi qu’aux défis liés à l’exploitation du travail et de l’image des artistes par de nouveaux moyens technologiques. « Nous resterons ensemble jusqu’au but, unis dans la poursuite d’un seul et unique but » a-t-elle « Je vous vois, je vous entends et je vous soutien car je suis vous ».

Gabrielle Carteris devient donc le 12ème Président de la FIA. Entourée de six autres élus, notamment Alicia Dogliotti (SUA, Uruguay), Paul Fleming (Equity), Denys Fouqueray (SFA, France), Vladimir Kamen (CCCWU, Russia), Marie Kelly (ACTRA, Canada) et Simon Norrthon (SoF, Suède), elle dirige désormais un Présidium solide, expérimenté et novateur. Outre les pays d’appartenance des membres du Présidium, huit autres pays ont intégré le nouveau Comité exécutif de la FIA, à savoir l’Argentine, la Croatie, le Danemark, l’Inde, le Japon, le Maroc, la Nouvelle Zélande et enfin la Turquie.

Une grande partie du Congrès de la FIA, réduit à son essence la plus simple afin d’atteindre pleinement ses objectifs en mode virtuel, a porté sur la présentation, la discussion et l’adoption des motions établissant les grands axes d’action et les priorités pour la fédération lors des quatre prochaines années. 21 motions en total ont été approuvées à l’unanimité, auxquelles se sont rajoutés deux motions d’urgence – respectivement en faveur de la liberté artistique et syndicale à la lumière de la recrudescence des répressions en Colombie, ainsi qu’en faveur d’une dérogation limitée et temporaire des règles de propriété intellectuelle établies par l’OMC dans le cadre des Accords ADPIC pour accélérer la lutte contre la pandémie de la COVID.

Une partie conséquente des motions ordinaires du 22ème Congrès de la FIA s’est évidemment inspirée de la crise sanitaire mondiale et de l’impact des mesures de contention prises dans la plupart des pays du monde pour y faire face. Bien que souvent nécessaires, ces mesures ont eu un impact démesuré sur notre secteur d’activité – affectant les conditions de centaines de milliers d’artistes-interprètes, privés de revenus du jour au lendemain. Sans espoir de pouvoir aussitôt reprendre leur travail, nombreux d’entre eux se sont retrouvés sans aucune protection sociale du fait de leur statut de travailleur indépendant. S’attaquer aux disparités de traitement entre travailleurs « indépendants » et employés quant à l’accès aux droits sociaux et aux libertés syndicales les plus fondamentales est dès lors devenue une vraie priorité pour la FIA – dans le cadre de son plaidoyer en faveur du statut de l’artiste. Également important, est le fait d’encourager les États à dégager des moyens importants pour soutenir le secteur des arts et du spectacle et lui permettre ainsi de rebondir au plus vite, en sortie de crise. D’autres motions approuvées par le 22ème Congrès de la FIA visent à renforcer la coopération et la solidarité intersyndicales pour mieux soutenir les artistes lors de productions internationales et promouvoir aussi des meilleures pratiques en faveur des artistes engagés localement par ces dernières. Au-delà de la pandémie, la confrontation avec le réchauffement climatique conduira la FIA à soutenir et à promouvoir des pratiques plus respectueuses de l’environnement, au sein d’un secteur à bien d’égards encore trop énergivore. Enfin, dans la continuité de son action pour lutter contre toute forme d’abus et d’harcèlement, la FIA se penchera sur le casting et la coordination des scènes d’intimité, afin de promouvoir des pratiques éthiques et respectueuses de la personne humaine et contribuer, ainsi, à des conditions de travail plus sures. L’engagement contre toute discrimination en matière d’emploi, entre autres fondée sur le sexe, la race, la couleur, les origines ethniques ou sociales, les caractéristiques génétiques, la religion, le handicap, les convictions, les opinions politiques, l’orientation, l’identité ou l’expression sexuelle, s’inscrit également dans cette même lignée.

En dépit de sa nature abrégée et virtuelle, le 22ème Congrès de la FIA a été un moment fédérateur et une réelle source d’inspiration. Le niveau de participation, la qualité des échanges et des motions adoptées par les délégués, ont été à l’image de notre engagement pour les artistes-interprètes du monde entier et des défis auxquels ils sont confrontés aujourd’hui. Nous continuons à mener ce combat militant avec passion, avec fierté et avec espoir. Chaque nouveau Congrès est pour nous tous un nouveau départ. L’occasion de nous rappeler que, chaque jour, nous pouvons aller plus loin ensemble et que chaque victoire, aussi petite soit-elle, est importante. Comme l’a si bien exprimé notre nouvelle Présidente « ensemble, nous pouvons, nous pourrons et nous devons ». C’est avec cet état d’esprit que nous reprenons une fois de plus le large pour entamer, avec enthousiasme, notre nouveau mandat.