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01.02.2017

Vivre (et mourir) à Bollywood

De gauche à droite: Amit Behl, Dominick Luquer, Sushant Singh

Photo de groupe

Cela fait quelques temps que la FIA promeut activement des normes de santé et sécurité adéquates dans l’industrie foisonnante du film et de la télévision à Mumbai. Bien qu’étant le plus gros producteur audiovisuel du monde, l’Inde est particulièrement peu efficace lors qu’il s’agit de préserver les vies des acteurs et de s’assurer qu’ils puissent commencer leur journée sans craindre que ce soit la dernière. Il se passe rarement une journée sans que les médias ne rapportent un nouvel accident sur un tournage, lesquels pourraient souvent être évités avec une meilleure réglementation et une mise en application attentive.

Dans la communauté des artistes-interprètes, les cascadeurs sont particulièrement vulnérables. Avec des familles à nourrir et un environnement de travail non réglementé où toute personne semblant « suffisamment en forme » peut prendre votre place, il leur est demandé de prendre des risques insensés et souvent fatals. Les noyades, collisions et chutes mortelles sont des accidents communs sur les tournages et, avec des parents incapables de leurs offrir un avenir professionnel différent, les enfants finissent souvent par faire la même chose une fois adultes. 

Les acteurs de séries télévisées ont à peine le temps de répéter. Ils reçoivent les scripts quelques minutes avant de passer devant la caméra et doivent prendre en compte les changements de dernière minute griffonnés à la hâte. La pression est tellement forte qu’ils sont au bord de l’épuisement. Après des journées exténuantes allant parfois jusqu'à 17 heures, ils doivent encore parcourir de longues distances pour rentrer chez eux et doivent souvent repartir à peine arrivés. Les techniciens qui travaillent aussi de très longues heures voient leur sécurité sur les plateaux constamment ignorée. Le niveau de négligence est tel qu’offrir une noix de coco aux dieux avant de tourner une scène particulièrement difficile apparaît souvent comme la meilleure des solutions.

Les artistes de doublage sont toujours d’astreinte, leurs engagements leur étant notifiés par SMS sur leurs téléphones intelligents moins d’une heure avant l’enregistrement. Surpeuplés, les minuscules studios de postproduction n’ont souvent pas l’air conditionné ou sont sur climatisés. Les voix s’enrouent, la respiration devient difficile, les vertiges et les évanouissements sont tous sauf rares. La nourriture est terrible et les artistes doivent souvent subvenir à leurs propres besoins, auprès de vendeurs préparant des repas sur le trottoir au milieu du trafic. Les conditions de travail des techniciens sont pires encore puisque la plupart vivent dans la pauvreté et se sentent complètement remplaçables.

On pourrait penser que les choses se seraient améliorées avec l’afflux de multinationales venues produire de nouveaux contenus et profiter de la manne représentée par une audience gigantesque. Après tout, ces sociétés sont habituées à produire dans des environnements fortement réglementés et, dans la mesure où elles prennent leur activité très au sérieux, on pourrait attendre d’elles qu’elles veuillent rehausser les standards en matière de santé et sécurité. Néanmoins, aussi longtemps qu’il sera moins cher de remplacer les travailleurs que d’investir dans la santé et la sécurité, il y a peu de chances que les choses changent. Il est également peu probable que la situation puisse s’améliorer tant que les travailleurs du cinéma et de la télévision en Inde resteront isolés du reste du monde.

La FIA a entrepris de briser ce cercle vicieux. En aidant les syndicats des travailleurs du cinéma et de la télévision a établir un code basic de santé et sécurité se concentrant sur les besoins majeurs – ex. heures de travail et rotations, sécurité incendie et électrique, accès à des installations sanitaires et aux soins médicaux les plus urgents – nous avons réussi à secouer une attitude plutôt fataliste par rapport à ces défaillances et à sensibiliser au besoin de prendre la sécurité bien plus au sérieux. La FIA surveille maintenant les progrès réalisés et conseille les syndicats à Mumbai sur la façon de promouvoir au mieux le code et d’engager un dialogue constructif avec les employeurs pour en mettre en œuvre les dispositions. Un changement d’attitude demande du temps et de la persévérance mais il semblerait que les choses aillent finalement dans le bon sens. 

La FIA a également accueilli la Cine and TV Artistes’ Association (CINTAA) au sein de son réseau international de syndicats, avec qui nous souhaitons construire une relation fructueuse. Dans notre but de relever le défi des doubles standards appliqués par les multinationales dans notre secteur, nous avons décidé avec UNI MEI et FIM de nous fixer une tâche commune : promouvoir les Accords Cadres Internationaux et le respect des droits de l’homme et des droits du travail fondamentaux, à partir du haut et tout au long de la chaîne de création de valeur.